Arita : le berceau de la porcelaine japonaise
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Parmi les lieux repérés en amont de mon voyage de 2 semaines au Japon à l’automne 2025, Arita, aux côtés d’Imari, faisait partie de ceux que je ne voulais absolument pas rater.
Amatrice de poterie, cela fait deux ans que j’ai commencé à pratiquer.
Au-delà du plaisir personnel que procure l’exercice, je trouve fascinant le procédé de fabrication nécessaire pour arriver à la pièce finale, et toutes les inconnues qu’il faut apprendre à maîtriser pour arriver aux résultats escomptés.
Depuis que je fais de la poterie, je ne vois plus la vaisselle artisanale de la même manière.
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Alors impossible pour moi de réaliser un road trip de 12 jours à Kyushu sans m’arrêter à Arita, le berceau de la porcelaine japonaise !
Arita : le berceau de la porcelaine japonaise
Retour à l’époque Azuchi-Momoyama.
Le Japon sort d’une longue période de guerres civiles, l’époque Sengoku, et tend vers une stabilisation. C’est l’époque Azuchi-Momoyama (1573–1603), qui découle sur la longue période de paix que l’on connaît tous bien, l’époque Edo.
À cette époque, la préfecture de Saga et la préfecture de Nagasaki ne forment qu’une seule et unique région : Hizen. Si vous vous êtes un peu intéressés à la céramique japonaise, le nom de cette ancienne province vous est déjà familier.
Particulièrement proche de la Corée et de la Chine, Hizen a toujours été tourné vers l’extérieur et les échanges maritimes y sont anciens. C’est donc par ici que les élites japonaises se fournissaient en céramique chinoise, et particulièrement en porcelaine des fours de Jingdezhen, caractérisée par ses pièces mélangeant un blanc lumineux et du cobalt. À ce moment-là, le Japon était consommateur mais pas encore producteur.
C’est suite aux invasions de la Corée menées par Toyotomi Hideyoshi, à partir de 1592, que des artisans coréens furent installés de force dans les terres de Kyushu.
Le but : profiter de leur savoir-faire artisanal et développer la céramique locale. La découverte d’un gisement de kaolin à Izumiyama, à côté d’Arita, quelques dizaines d’années plus tard, permit de fournir la matière première aux artisans. Toutes les conditions étaient alors réunies : des artisans qualifiés, une matière première disponible et un public déjà demandeur.
Petit à petit, la céramique japonaise se distingue de celle de ses voisins par son esthétisme basé sur sa propre culture. On voit ainsi apparaître des motifs caractéristiques de l’art japonais, comme des fleurs de cerisiers, de pruniers ou d’érables, des pins et des bambous, des grues ou encore des paysages saisonniers.
La céramique japonaise finit par s’installer durablement une cinquantaine d’années plus tard, lorsque la Chine traverse une instabilité politique majeure qui entraîne une perturbation commerciale.
Les consommateurs asiatiques et européens se tournèrent donc vers le Japon, qui se mit à produire non plus exclusivement pour un marché japonais mais pour un marché étranger caractérisé par des usages et des attentes différentes.
Le sanctuaire Tōzan-jinja

Construit en l’honneur de Kanagae Sanbee (de son vrai nom Yi Sam-pyeong), le potier coréen légendaire qui serait à l’origine de la découverte du kaolin précédemment évoqué, le Tōzan-jinja est le témoin de l’importance de la céramique à Arita.
Le Tōzan-jinja abrite le seul torii en porcelaine du Japon, et je dois avouer que c’est bien lui qui m’a amené jusqu’à ce sanctuaire (comme tout le monde, j’imagine !).
Posé en haut d’un grand escalier, il reflète le savoir-faire des artisans d’Arita. Mais il n’en est en réalité pas la seule démonstration : on y trouve également de belles et grandes lanternes en porcelaine, ainsi que des statues et ornements.


Historiquement, on venait ici prier pour la réussite des fours et la prospérité de l’art local.
LE souvenir à ramener du sanctuaire : son superbe Ema en porcelaine (il en existe même deux versions ! je n’ai pas su choisir…).
Le Tōzan-jinja est un sanctuaire relativement petit.
On en fait vite le tour, à part si, comme nous, vous vous aventurez sur ses hauteurs : torii dans le dos, sur votre gauche vous trouverez un petit chemin de terre qui monte, monte, monte. Tout au bout, vous arriverez à une grande place menant à la statue commémorative de Yi Sam-pyeong qui surplombe la ville d’Arita.
Si le sanctuaire rend hommage aux artisans locaux, il ne faut pas oublier que ces derniers ne sont pas venus au Japon de leur plein gré.
La figure de Kanagae Sanbee, montrée comme un héros, est à la fois facile à raconter et valorisante pour la région.
Elle permet de personnaliser une innovation collective, mais elle gomme toutes les nuances des événements qui ont mené à l’essor de la céramique japonaise, notamment les violences envers les Coréens dont je vous parle plus en détail dans mon article dédié au village Okawachiyama.


Le Gallery Arita
Parmi les nombreuses boutiques, restaurants et cafés d’Arita, l’un mélange le tout : le Gallery Arita.
Situé en bord de route, le Gallery Arita présente un concept simple mais redoutablement efficace : l’on vient choisir parmi les centaines de pièces de porcelaine disponibles, la tasse dans laquelle on souhaite boire son café/thé ! L’occasion de tenir entre ses mains des pièces que l’on ne pourrait jamais s’offrir, tout en découvrant un très large panel de réalisation.
On peut également manger sur place, et pas n’importe quelle nourriture, du kaiseki !

Nous avons pris un plateau autour du bœuf Imari, une viande locale donc, et un plateau autour du tofu. Ces derniers sont composés de l’ingrédient principal (bœuf ou tofu) accompagné de plusieurs petits plats choisis pour leur accord avec l’ingrédient principal.
Ici, les ingrédients de saison sont mis en valeur, et il faut dire que les kaiseki sont généralement les repas les plus « woaw » du séjour au Japon, autant pour leur visuel que pour leur goût. Avec, nous avons pris à boire un highball et un thé (servi dans une magnifique tasse bien sûr) et deux desserts, le tout pour 40 euros.
Ce fut l’un des déjeuners les plus onéreux du séjour, mais comme je vous en parle dans Conseils et budget pour 2 semaines au Japon, la nourriture reste très bon marché au pays du Soleil Levant !
En plus de la partie restauration/café, le Gallery Arita accueille une boutique très fournie, pour tous les budgets. En ayant consommé sur place, on obtient un bon de réduction pour cette dernière (de 7% je crois… je ne sais plus). Si certaines pièces nous sont inaccessibles, d’autres sont bradées, au fond de la boutique.
Une bonne occasion pour repartir avec quelques jolies assiettes ou tasses fabriquées à Arita !
Une journée à Arita : de la porcelaine de partout !
En dehors de ces deux lieux, vous trouverez à Arita de nombreux fabricants et revendeurs un peu partout dans la ville.
Notre passage à Arita a en réalité été plus court qu’une journée, car nous avions passé la matinée au village Okawachiyama. C’est d’ailleurs le parcours classique des voyageurs dans la région. Pour autant, j’avoue regretter de ne pas avoir alloué plus de temps à Arita.
J’aurais aimé flâner dans ses rues et pénétrer dans ses innombrables boutiques de porcelaine. C’est ce qu’on a le plus ramené de ce séjour : nous sommes rentrés en France avec presque une valise entière de 23kg remplie de vaisselles en tout genre !
Ce qui m’a posé problème, c’est le logement : nous avions un budget très serré pour ce voyage et aucun hébergement du côté d’Arita ou Imari ne rentrait dedans.
Le meilleur moment de l’année pour venir à Arita, c’est pendant la Golden Week. Chaque année, entre fin avril et début mai, se tient un festival japonais autour de la céramique : le Arita Ceramic Fair. À cette occasion, les rues sont entièrement piétonnes et les stands envahissent la ville.
J’espère donc un jour revenir à Arita pendant cette période de l’année afin de pleinement profiter de la ville et de sa porcelaine !
Et vous, vous avez déjà visité Arita ?





















