Okawachiyama : le village secret des potiers du Japon
Remove the row
Column: 1
Situé à quelques kilomètres au nord d’Arita, le berceau de la porcelaine japonaise, Okawachiyama est un village longtemps resté « secret », créé exclusivement pour les artisans coréens.
Niché dans les montagnes d’Imari, Okawachiyama profite d’un décor particulier qui témoigne de son isolement.
Aujourd’hui ouvert au public, le village reste actif et attire de nombreux visiteurs chaque année. Il est l’un des villages potiers les plus connus de Kyushu. Pour autant, on ne peut pas dire qu’il soit un lieu hautement touristique, ne serait-ce que par sa localisation et le fait que la porcelaine reste une niche (entendez par là que la grande majorité des voyageurs au Japon ne parcourt pas le pays pour y venir !).
Column: 2

Okawachiyama est, comme Arita, l’un des lieux que je souhaitais absolument visiter pendant mon road trip de 12 jours à Kyushu à l’automne 2025. L’attente était grande, mais j’avoue n’avoir eu connaissance de son histoire qu’une fois sur place.
Okawachiyama : le village secret de potiers

Comme je vous en ai parlé dans mon précédent article, dédié à Arita : le berceau de la porcelaine japonaise, l’art local s’est développé sur un élément historique particulièrement dérangeant : la violence envers les artisans coréens, installés de force dans la région d’Hizen après 1592.
Parmi eux, certains ont été isolés : ceux du village secret Okawachiyama.
C’est au début de l’époque Edo, vers 1600, que Naoshige Nabeshima, daimyo de la province d’Hizen (de 1538 à 1618), fit construire Okawachiyama avec un objectif clair et précis : y produire une céramique de grande qualité, en production limitée, destinée exclusivement à l‘élite japonaise.
Cette porcelaine porte le nom de Nabeshima-yaki et se distingue, outre par sa qualité exceptionnelle, par le fait qu’elle n’était initialement pas destinée à être commercialisée. En effet, la porcelaine produite au village Okawachiyama était offerte, comme cadeaux officiels, aux shoguns et daimyos. Son usage était donc politique et symbolique.
Mais l’excellence de la porcelaine Nabeshima-yaki repose sur un savoir-faire volé aux Coréens, déportés, isolés et contrôlés.
Le peu de contact avec l’extérieur avait un but : celui de protéger les techniques de production. Okawachiyama est donc historiquement une sorte de « village-usine » fermé et « secret », dans lequel les artisans ont été placés sans leur consentement, et dont la production était contrôlée par le pouvoir local.
Avec le temps, les potiers ont formé une communauté, ont décoré le village, comme en témoigne le superbe pont à l’entrée du village, et les coréens se sont petit à petit intégrés aux Japonais. Ils ont reçu des noms japonais (comme Kanagae Sanbee pour Yi Sam-pyeong dont je vous parle dans mon article dédié à Arita, dont vous trouverez le lien en conclusion) et ont fondé leur lignée de potiers.
Aujourd’hui, ils sont reconnus en Corée comme des victimes historiques des invasions menées par Toyotomi Hideyoshi, et au Japon comme les fondateurs de la porcelaine d’Arita et Imari.
On ne parle pas d’une diaspora coréenne active, car l’assimilation est très ancienne (plus de 400 ans), mais d’une intégration complète qui n’est clairement pas enseignée de la même manière selon les pays. Au Japon, les récits offrent une lecture plus artisanale que militaire, tandis qu’en Corée l’accent est mis sur le pillage culturel et la perte humaine.
La chute du système féodal à l’époque Meiji a mis fin au contrôle des domaines féodaux, ouvrant ainsi le village à l’extérieur et au commerce. Le village s’est progressivement transformé en village artisanal puis en site touristique valorisant le patrimoine de la porcelaine, au travers de galeries et ateliers accessibles à tous.
Une matinée à Okawachiyama

L’isolement du village d’Okawachiyama se ressent très rapidement lorsque l’on arrive sur place. Les montagnes aux alentours donnent une sensation d’enfermement, tout en offrant un superbe décor au village.
Le village est assez petit. Il n’y a qu’une seule rue principale, qui se sépare en deux, dont une branche est plus fournie que l’autre. Les boutiques de porcelaine peuplent sans surprise cette grande rue et l’on y trouve de tout. Les prix sont plus ou moins accessibles, selon la boutique et la pièce, mais comptez minimum 10/15 euros la moindre tasse ou assiette, et jusqu’à plus de 100 euros certaines d’entre elles.
Certaines boutiques ont leur propre atelier, que l’on peut visiter, comme Hataman, un fabricant réputé pour ses couleurs et ses reliefs. Je m’y suis offert deux mini poupées kokeshi en porcelaine pour une 60eine d’euros, un cadeau personnel assez onéreux mais très symbolique à mes yeux.
D’autres boutiques ont des espaces « braderie » avec des pièces à petits prix, parfaites pour ramener de la céramique japonaise à toute la famille.

Le tour du village peut se faire très vite, tout va dépendre du temps que vous prenez dans chaque boutique. Pour notre part, nous avons passé une petite matinée sur place, à flâner dans les petites ruelles du village.
On a essayé de s’aventurer un peu plus loin que la grande rue principale, mais, très vite, il n’y a plus grand chose à faire ou à voir. Le cœur du village est très concentré.
Bien qu’on en fasse vite le tour, j’ai beaucoup aimé le village d’Okawachiyama. D’abord pour ses paysages, et ensuite, évidemment, pour sa porcelaine. Certaines pièces m’ont grandement fait de l’œil, mais le budget ne suivait pas. Je pense que la prochaine fois que je viendrai dans le coin, ce sera avec un budget plus conséquent, exclusivement pour ce village !

Si vous voyagez au Japon en été, ne ratez pas le Fûrin Matsuri : un festival qui se tient chaque année pendant lequel des milliers de clochettes en céramique décorent le village. Et si vous voulez en savoir plus sur ces festivités, rendez-vous sur mon article dédié aux matsuri au Japon.
Imari, la ville où se situe les montagnes accueillant le village, est peu visitée par les voyageurs sur place, et il est vrai que je n’y ai rien repéré pour me motiver à m’y arrêter.
Nous avons donc fait comme la plupart des voyageurs et avons continué notre route vers Arita, le berceau de la porcelaine japonaise, pour une journée sous le thème de la céramique !
Et vous, vous connaissiez Okawachiyama, le village secret des potiers du Japon ?
















