Takasakiyama : le parc aux singes en liberté du Japon
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Dans la longue liste des « choses dont je ne sais pas toujours quoi penser », je mettrais en top 1 les lieux dits « naturels » pour observer des animaux en « liberté », mais qui résultent tout de même d’attractions touristiques.
Je suis absolument contre les zoos, les aquariums, cirques, spectacles ou cafés dans lesquels les animaux sont pris pour des jouets, alors tout naturellement je regarde d’un très mauvais œil tout ce qui intègre la présence des animaux.
Pourtant, je suis allée au parc aux singes en liberté de Takasakiyama, non loin de Beppu, au sud du Japon.
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De la même manière que j’étais réticente à l’idée d’aller à la DMZ en Corée du Sud, je ne savais pas trop avant d’y aller si je cautionnais ou non la visite d’un « parc aux singes ».
J’ai voulu me faire mon propre avis sur le sujet, au lieu de répéter en boucle que je suis strictement contre sans y avoir mis les pieds, et mon avis sur la question en résulte plutôt mitigé.
Avant de questionner l’éthique autour du parc aux singes de Takasakiyama, posons les bases : qu’est-ce que c’est et en quoi se différencie-t-il des autres parcs ?
Le parc Takasakiyama

Situé dans la préfecture d’Oita, sur notre chemin vers les célèbres Enfers de Beppu depuis la plus discrète ville d’Usuki, le parc Takasakiyama est l’un des parcs aux singes les plus connus du Japon.
Sa particularité : les singes qui s’y trouvent vivent au sein du mont Takasaki et descendent d’eux-mêmes dans la zone d’observation.
S’ils y viennent, vous vous doutez bien que c’est pour une raison bien précise : afin de profiter de la nourriture distribuée par le personnel du parc tout au long de la journée.
Mais avant de discuter plus longtemps de ça, parlons un peu de l’histoire du parc.

Créé en 1952, il est dit que le parc aux singes de Takasakiyama a vu le jour en réponse à un problème bien concret de cohabitation entre les locaux et les singes sauvages : ces derniers ravageaient les cultures et fouillaient les poubelles des villes, générant ainsi une forte tension avec les habitants.
Pour maintenir les singes éloignés, un élu local eut l’idée de les attirer dans la montagne avec de la nourriture.
Par cette ruse, les macaques furent maintenus à l’écart de la population locale, et le parc se mit naturellement à devenir à la fois un lieu d’observation pour les professionnels et un site touristique pour le grand public.
Aujourd’hui, entre 1 200 et 1 500 singes habitent le mont Takasaki. Ces derniers sont répartis en plusieurs groupes sociaux distincts.

À l’origine, trois venaient à tour de rôle : la troupe A, la troupe B et la troupe C.
Mais depuis le début des années 2000, la troupe A, la plus grande des trois, a cessé de venir dans la zone de nourrissage suite à un conflit territorial avec la troupe C.
Elle se serait fragmentée, certains auraient rejoint d’autres groupes et d’autres seraient restés dans la montagne.
La troupe A n’est plus réapparue officiellement depuis 2002.

Au parc Takasakiyama, il n’y a pas de cages, pas de spectacles et pas de zones de restrictions pour les singes. En réalité, c’est nous, visiteurs, qui devons nous adapter, et pas eux.
De nombreuses règles sont à respecter, comme le fait de ne pas toucher les singes, de ne pas les nourrir, de ne pas les provoquer, de garder ses sacs fermés, d’éviter d’avoir des babioles qui pendent (le personnel m’a fortement recommandé de rentrer mes porte-clés accrochés à mon sac si je ne voulais pas qu’ils me les piquent !) et d’éviter tout contact visuel direct.
La zone d’observation est en réalité assez petite. On en fait rapidement le tour, du moins tout dépend du temps que vous passez à les observer, et/ou à les photographier.

Et il faut avouer qu’on se prend vite au jeu et qu’on ne voit pas le temps passer.
Entre la mère et son enfant en intense câlin, la troupe de petits joueurs en délire et les dizaines de duo/trio dispersés un peu partout en pleine séance d’épouillage dans des positions les unes plus loufoques que les autres, on ne peut qu’apprécier l’exclusivité du moment présent !
Mais leur présence n’étant due qu’à la nourriture dispersée, peut-on dire que le parc Takasakiyama abrite réellement des singes en liberté au Japon ?
Des singes en liberté au Japon ?
Vous le savez sans doute déjà (ou pas), mais les Japonais ont un rapport aux animaux bien différent du nôtre.
Tandis qu’en France a été voté en 2021 la loi contre la maltraitance animale, entraînant l’interdiction des spectacles de dauphins et orques, l’interdiction progressive des animaux sauvages dans les cirques itinérants, l’interdiction de nouveaux élevages de visions pour la fourrure ainsi que plusieurs restrictions sur la vente d’animaux en animalerie ; au Japon, on voit encore des spectacles de dauphins ainsi que de singes déguisés et enchaînés dans certains zoos, des enclos et aquariums minuscules, et de nombreux cafés à animaux qui leur imposent une exposition et des interactions permanentes, en plus de les priver de leur habitat naturel.
Je crois que le concept qui m’a le plus choqué, c’est celui du Art Aquarium Museum GINZA.
L’idée ici est de mélanger installation artistique, scénographique et… aquarium.
En gros : des centaines de poissons rouges sont sélectionnés pour leur taille et leur couleur et placés dans des bassins aux formes géométriques absolument pas adaptées à la vie de ses habitants. Les volumes d’eau sont petits, l’éclairage est intense… la logique va tout simplement vers « l’objet décoratif vivant », ce que je trouve tout simplement abject.
Alors dès que je vois un lieu au Japon dans lequel il y a des animaux en vedette, j’y réfléchis à deux fois avant de lui donner du crédit. Généralement, le doute est très rapidement dissipé : c’est un non.
Et puis d’autres lieux sont plus sujets à débat, et parfois je ne sais pas trop comment me positionner.
Par exemple, le Zao Fox Village : les renards ne sont pas en cages, certes, mais ils restent dans un espace forestier fermé et leur population est contrôlée. J’ai beaucoup hésité à y aller lors de mon tout premier voyage, mon road trip en van de 3 mois au Japon en 2019, mais cet aspect de « semi-liberté » ne m’a pas convaincue.
Alors quand j’ai vu le parc aux singes de Takasakiyama, je me suis d’abord dit « non, c’est comme les autres », et puis en me renseignant un peu je l’ai trouvé tout de même bien différent.
J’en suis venue à la conclusion que si je devais aller dans un endroit touristique avec des animaux au Japon, c’est ici : le lieu est né d’un besoin de résoudre un problème de cohabitation, et non pas d’une volonté d’exploitation, et ce résultat à mi-chemin entre « lieu naturel » et « lieu d’observation contrôlé » n’est qu’une « opportunité » saisie, qui permet à la fois de maintenir les singes loin des habitations, de leur laisser leur liberté, et de les observer pour apprendre de leurs comportements.

Le débat est donc lancé : est-ce que ces lieux qui cherchent à être respectueux des animaux tout en offrant des possibilités d’observation, qu’elles soient professionnelles et documentées ou seulement curieuses et opportunistes, méritent d’être considérés différemment des zoos ?
Ou bien est-ce que toute forme de présence non naturelle des animaux est considérée comme une exploitation touristique ?
Personnellement, je ne pense pas qu’il faille absolument séparer les animaux sauvages des humains et éviter toute relation. Je pense que le plus important, c’est d’être respectueux et le moins invasif possible.
Mais où se situent les limites ?

Je pense aussi que se rendre dans ce genre de lieu, en boycottant les formes d’exploitation animale les plus problématiques, peut encourager au développement d’une approche plus respectueuse, tant sur le plan financier que sur le plan social.
Si le public se détourne des cafés à animaux, des aquariums ou des zoos, pour se tourner plutôt vers des parcs comme celui-ci, cela peut envoyer un signal économique sur les attentes en matière de bien-être animal, encourager leur développement et normaliser le fait que, non, on ne touche pas un animal sauvage et on ne l’enferme pas en cage.
Pour autant, je ne peux pas dire que je suis 100% à l’aise avec le parc de Takasakiyama. Je dirais simplement que si vous souhaitez être au plus près des singes japonais tout en les respectant, c’est une bonne adresse.
Mais si vous recherchez des observations vraiment naturelles, vous aurez peut-être la chance (ou pas) d’en croiser sur votre route si vous voyagez hors des sentiers battus au Japon et explorez la campagne japonaise.
Pour ma part, j’en ai vu dans la campagne de Kyoto en 2019, très furtivement ; sur ma route lors de mes 2 jours à Nikko en 2023, ou encore sur un coin de route lors de mes 3 semaines dans le Tohoku cette même année.
Les expériences sont ici bien plus courtes et les observations bien plus lointaines, mais le plaisir est bien plus intense !

Et vous, vous êtes allés au parc aux singes de Takasakiyama au Japon ?
Que pensez-vous de ces lieux ?
































